Tripoli : la libanaise parfumée
Cité méconnue, Tripoli, la capitale du Nord Liban, réserve à l’esprit curieux un voyage initiatique dans le monde des odeurs et parfums, via le dédale de ses souks, parmi les plus beaux du Moyen-Orient. Un parcours orné de bijoux architecturaux.
Cadencé par le martèlement cacophonique émis par le souk du cuivre, le pas se fait silencieux pour gravir les marches de l’escalier voûté du Khan al-Misriyine. Bâti sous l’époque Mamelouk dans la première moitié du 14e siècle, ce caravansérail, dit “des égyptiens”, a hébergé quelques peuples, ottomans, chrétiens, et assisté à quelques batailles tripolitaines, témoin minéral de l’histoire du Liban. Si des boutiques occupent encore une partie du rez-de-chaussée, le premier étage n’offre plus de lit au voyageur fatigué. Depuis plusieurs générations, la famille Sharkass y a son atelier de savon, à l’huile d’olive et de forme sphérique. Une des spécialités de la ville. Un petit homme au nez souligné d’une épaisse moustache broussailleuse, monsieur Sharkass, nous invite à prendre le café - préalable oriental à toute discussion - puis à écouter l’histoire de sa famille. “Nous sommes savonnier de père en fils, depuis 1803. Mon fils va prendre la relève, j’inscris déjà son nom sur les savons”.
A demi caché dans l’ombre d’une porte plusieurs fois centenaire, un adolescent doté du même nez que son père écoute, et court s’exécuter quand celui-ci lui demande de ramener d’antiques photos du grand-père. “Nous sommes connus pour le savon planète, rond, avec des couleurs faussement mêlées, un peu comme Jupiter”, poursuit-il en nous guidant au cœur de l’atelier de fabrique. Le même où travaillaient son père, et le père de son père, prouve Sharkass, photo à l’appui. Ce qui explique le film de savon qui recouvre le sol. “Notre matière première est l’huile d’olive, précise-t-il en nous la faisant humer. Les savons carrés blancs traditionnels sont fait à froid, et les savons planète à chaud. Ces derniers demandent plus de travail, car il faut les laisser sécher deux mois. Ensuite nous pouvons commencer à les polir, comme cela, à la main”. Une boule de savon dans la main gauche, une lame en forme de rond de serviette dans la droite, doucement il frotte l’un contre l’autre et peaufine la boule jusqu’à la sphère parfaite, lisse comme du marbre.



