Rouen : des mâts et des clochers
Depuis le mont Gerbier-des-Joncs, sur le plateau de Langres, la Seine, ce grand fleuve tranquille, serpente à travers le nord-est de la France. Après un détour incontournable par la capitale, il déroule ses larges méandres en terre normande, s’attardant au pied des collines rouennaises avant d’aller retrouver, les eaux tempérées de la Manche. C’est là, entre les vallées formées par le Cailly en amont, le Robec et l’Aubette en aval, qu’est née la bourgade gauloise Ratumacos - qui a pris le nom de Rotomagus à l’époque gallo-romaine - presque à mi-distance entre Paris et l’estuaire.
La ville est ainsi bâtie au pied de cinq collines de craie, à la pointe d’un méandre, encerclée par de grandes forêts. Du plateau de Canteleu au plateau des Aigles à Bonsecours, en passant par le Bois l’Archevêque, le Mont aux Malades, le Mont Fortin, le Vallon Suisse, la Grand Mare et la côte Sainte-Catherine, la ville semble descendre doucement jusqu’à la rive nord. Sur la rive sud, “la rive gauche”, s’étendent les faubourgs à perte de vue, depuis le quartier Saint-Sever, l’ancien hameau d’Emendreville, qui rassemblait autour de son église néo-renaissance quelques prieurés, des usines textiles, des verreries et des faïenceries où se fabriquèrent les célèbres pièces de “Vieux Rouen”.
C’est là, entre le bassin de Saint-Gervais, fief des cargos de céréales et de bananes, et ses cinq ponts routiers que la ville, le département et toute la région accueilleront pour la quatrième édition, dès le 28 juin, les géants de la mer. Ce rassemblement, cette armada de grands voiliers, venant des quatre coins du globe, est unique en Europe, et peut-être au monde. Car le port de Rouen est situé à 80 km de l’embouchure, soit plus de 130 km en suivant les détours du fleuve. Cette “Armada”, organisée tous les quatre ans, reste un coup de génie, qui attire plus de 10 millions de visiteurs à chaque édition, mais elle est aussi une occasion extraordinaire de réconcilier les Rouennais avec leur fleuve si souvent délaissé.



