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Beyrouth : l’emprise

Pour comprendre Beyrouth, il faut s’y jeter corps et âme. La parcourir à pied, avec le temps comme allié. Laisser ses façades murmurer leur histoire. Écouter ses habitants évoquer la fière, la noble Beyrouth et à travers elle, le Liban tout entier, devenu indépendant en 1943. Un petit pays, grand comme la Corse, au cœur immense et généreux qui, en six mille ans d’histoire, a accueilli en son sein les civilisations phénicienne, romaine, byzantine, arabe et chrétienne. Cette incessante succession de cultures a façonné, à sa manière, la curiosité et l’ouverture d’esprit du peuple libanais qui, à Beyrouth, se traduit toujours, aujourd’hui, par une mosaïque de quartiers, de lieux et de communautés - le Liban en compte dix-huit -. Proust la comparait à un étincelant saphir jailli de la mer bleue. Nerval y voyait un exemple du cosmopolitisme méditerranéen. Lamartine, quant à lui, percevait en elle la terre où il allait enfin se reposer “dans un climat délicieux, sur quelque colline verdoyante”. Mais le XIXe siècle a passé et si Beyrouth continue de jouir d’une position géographique inimitable, à l’abri de la crête blanche montagneuse du Mont Sannine d’une part et baigné d’autre part, par la Méditerranée, les collines de Lamartine se sont tapissées d’une multitude de petits immeubles, faisant ressembler le littoral à un gigantesque hérisson. Concentrant près d’un tiers de la population du pays qui compte quatre millions d’habitants, la capitale trépide, vibre, bouillonne. Bruyante avec son concert de klaxons des taxis service et des bus collectifs, reconnaissables à leurs plaques rouges, vous invitant à monter à bord. Désordonnée par sa circulation anarchique. Grouillante par le nombre incalculable de voitures qui sillonnent quotidiennement la ville. Mais qui se limite à cette apparence passerait complètement à côté de l’âme de Beyrouth. Une âme qui s’est réfugiée dans ses quartiers grâce auxquels la cité levantine dévoile ses blessures, révèle son exubérance, affiche son élégance. Des quartiers dans lesquels leurs habitants vous convient à déguster une pâtisserie, à savourer un thé parfumé, à respirer des senteurs subtiles de gardénia ou de musc. Des invitations qui ne se refusent pas, symboles d’une hospitalité et d’une générosité intactes de tout un peuple.

Texte : Guillemette Flamein - Photos : Vincent Guerrier